Un appareil d’Aer Lingus, qui effectuait un vol entre Dublin et Rome, dérouté et escorté par des avions militaires après une alerte à la bombe, sur le tarmarc de la base aérienne d’Évreux-Fauville, le 5 novembre 2026 dans l'Eure ( AFP / Guillaume Saligot )
De fausses alertes à la bombe ont de nouveau perturbé jeudi le trafic aérien européen, forçant à faire décoller des avions de chasse pour escorter plusieurs vols civils, notamment au départ de l'Italie et à destination de la Bulgarie et de la République tchèque.
Après de fausses alertes similaires en début de semaine, au moins une vingtaine de vols - pour la plupart de compagnies low-cost - avaient été visés par des alertes à la bombe jeudi en fin d'après-midi, selon plusieurs autorités et compagnies aériennes.
Tous les appareils - dont trois qui ont été déroutés - ont atterri sans incident et aucun explosif n'a été retrouvé, ont-elles précisé.
Aucune revendication n’a été faite pour l’ensemble des vols, mais des menaces visant certains d'entre eux et envoyées aux aéroports de Rome et de Sofia, consultées par l’AFP, affirmaient émaner de "combattants de l’État masculin". Cela semble renvoyer au nom d'un mouvement ultranationaliste russe, sans qu'il soit possible de vérifier le lien.
Italie
L'armée de l'Air française a annoncé que deux de ses avions de combat avaient escorté en Normandie un avion de la compagnie irlandaise Aer Lingus, qui reliait Dublin à Rome, après une alerte des autorités italiennes.
Le pilote irlandais avait dans un premier temps "refusé" d'atterrir sur la base militaire d'Evreux, "préférant un aéroport civil", ce qui a conduit la justice française à ouvrir une enquête.
Image tirée d’une vidéo de l’AFPTV montrant un avion de la compagnie Finnair décollant de l’aéroport de Fiumicino à Rome après avoir été dérouté en raison d’une alerte à la bombe, le 5 novembre 2026 ( AFP / Andrea BERNARDI )
L'Airbus A320 et ses 151 passagers a finalement "atterri en toute sécurité", selon la compagnie. Les passagers sont en cours de transfert vers l'aéroport parisien de Roissy, a confirmé à l'AFP la compagnie de cars Dunand, chargée de leur acheminement.
Deux vols de la compagnie Finnair, reliant Helsinki à Rome et Vienne, ont également été visés par une fausse alerte à la bombe.
Le vol pour Rome a été escorté par des avions de chasse italiens jusqu'à l'aéroport romain de Fiumicino, a confirmé à l'AFP un porte-parole des Aéroports de Rome. Mais "rien d'anormal n'a été constaté", a indiqué un porte-parole de Finnair.
Un vol Wizz Air devant relier Milan Malpensa (nord de l'Italie) à Varsovie (Pologne) s'est posé à Vienne en Autriche, selon la compagnie.
Alertes par courriel
Ces alertes à la bombe s'inscrivent dans un contexte de recrudescence d'attaques hybrides en Europe, pour certaines liées par les autorités ou les chercheurs à la Russie, et parfois à l'Iran.
Un avion de la compagnie Wizz Air stationné sur le tarmac de l’aéroport de Schwechat, au sud de Vienne, le 5 novembre 2026, après plusieurs alertes à la bombe visant des compagnies aériennes en Europe ( APA / GEORG HOCHMUTH )
"Toute menace contre des civils est inacceptable", a déclaré le commissaire européen aux Transports, Apostolos Tzitzikostas, ajoutant qu'il était "trop tôt pour tirer des conclusions sur le fait que ces incidents étaient liés".
En République tchèque, "c’est l’aéroport de Prague qui a reçu les menaces par courrier électronique" émanant d'adresses anonymes, a précisé à l'AFP la porte-parole de l’aéroport, Denisa Hejtmankova.
En Italie comme en Bulgarie, l’alerte a été déclenchée par un courriel envoyé aux aéroports de Rome et de Sofia ainsi qu'à diverses adresses mails leur étant liées, ont confirmé les autorités aéroportuaires concernées.
"Vous êtes tous impliqués dans une conspiration criminelle. Nous voulons vous détruire pour cette raison. C’est précisément pour cela que des engins explosifs ont été placés sur les vols suivants (...)" et "dans votre aéroport", indiquait ce message envoyé à plusieurs adresses de l'aéroport de Sofia et consulté par l'AFP.
"Nous, les combattants de l’État masculin ("Male State"), entrerons dans l’histoire par nos actions aujourd’hui. Votre régime féministe s’en souviendra à jamais. L’explosion aura lieu dans 60 minutes. Aujourd’hui, votre ciel deviendra rouge", ajoute le message.
Le quotidien italien "Il Corriere della Sera" a publié le même texte – mais avec des avertissements visant deux vols à destination de Rome – envoyé à ADR, la société qui gère les aéroports de Rome. Une source au sein de l’entreprise a confirmé l’information à l’AFP.
Carte représentant une série de vols européens visés jeudi 5 novembre dans la matinée par des alertes à la bombe, selon les informations des autorités nationales et les données de Flightradar24 ( AFP / Valentin RAKOVSKY )
Il existe en Russie un mouvement d’extrême droite appelé "Etat masculin" (Moujskoe gosoudarstvo), mais l’AFP n’a pas pu confirmer s’il était à l’origine du message.
"+Male State+ est un mouvement radical d’extrême droite, pas nazi, mais qui utilise la symbolique nazie. Ils comptent des milliers des membres et soutiennent la guerre en Ukraine, notamment par la propagande", a expliqué à l'AFP Lou Osborn, fondatrice de l’ONG Inpact spécialisée dans la surveillance des activités clandestines russes.
"Avant l’invasion de 2022, en octobre 2021, ils ont été désignés organisation extrémiste par la justice russe, mais on ignore aujourd’hui leur degré d’articulation avec le pouvoir", a-t-elle ajouté.
Troisième vague
En Bulgarie, des chasseurs MiG-29 de l'armée de l'air ont décollé jeudi matin pour intercepter et escorter trois avions Ryanair, ceux mentionnés dans l'email envoyé à l'aéroport de Sofia, selon le ministère de la Défense.
Un avion de Lufthansa et des’appareils de Ryanair et de compagnies bulgares à l’aéroport Vassil-Levski de Sofia, le 5 novembre 2026 ( AFP / Nikolay DOYCHINOV )
Les deux avions en provenance de Madrid et Copenhague ont atterri à Sofia, leur destination prévue, tandis que le troisième, en provenance de Londres-Stansted, a été dérouté vers l'aéroport de Plovdiv, à l'est de la capitale.
Là non plus aucun explosif n'a été découvert, a indiqué à l'AFP une porte-parole du ministère bulgare de l'Intérieur.
Des menaces ont aussi visé notamment trois vols liés à Madrid, quatre vols ayant atterri à Prague dans la matinée, un vol Belgrade-Bucarest d'Air Serbia, un vol de la compagnie polonaise Lot entre Varsovie et Bruxelles ou encore un vol Wizz Air entre Milan et Bucarest, selon les autorités aéroportuaires, policières ou les compagnies concernées.
Lundi déjà, un vol de la compagnie Wizz Air reliant Londres (Luton) à Sofia avait été dérouté en raison d’une alerte à la bombe et contraint de faire un atterrissage d’urgence à Budapest.
Mardi, une dizaine de vols commerciaux en Europe avaient été visés. Tous les avions ont été inspectés à l'atterrissage, sans qu'aucun engin suspect ne soit découvert.

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